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24/02/10
Perturbatio
ADRANA
 
ADRANA nous invite dans le petit monde de la princesse Adrana. Un monde aussi propre que la production est soignée, le monde d’un groupe qui semble avoir intégré les techniques de ce genre particulièrement exigeant – le Metal Symphonique. Force est de reconnaitre que les musiciens, malgré leur jeune âge, ont plus que bien assimilé les bases de ce qu’est la musique, du classique au Rock et au Metal. ADRANA a bien compris l’intérêt de diversifier ses influences, d’ouvrir la porte à tous les genres, et joue sur différents registres, devenant par instants démonstratif, ce qui peut (parfois) s’avérer perturbant.
Le chant lyrique est d’un niveau particulièrement élevé, Anae pouvant sans doute se faire une vraie place dans ce métier. Une de ses forces réside en ce qu’elle explore divers horizons, sachant ne pas se cantonner au strict chant d’Opéra (mais sans aller jusqu'aux growls, un autre s'en charge), rappelant parfois une Kate BUSH calme (Grabrielus, Secret Gathering), et lorsqu’intervient, sur Mortelle Fourberie Enfantine et sur L’Eveil de Markius, la noirceur inquiétante et recherchée, des grognements Death, le résultat sait se faire intéressant, sans toutefois être révolutionnaire. Ce qui manque le plus ici, c’est cette haine qu'engendre et que recherche ce genre extrême. Or, ici, il semble n'y avoir qu'une forme de bonté pertubée par un intrus. A hurler sans haine, il n’est point de Death dangereux, et le résultat final de ces deux chansons s’en trouve quelque peu affecté.

La guitare de Ludovic parvient à s’imposer autant qu’elle sait se faire légère et discrète, ou bien, au contraire saturée et rentre dedans (Ingalrian). Grhyll joue de ses claviers aussi sobrement que discrètement mais sait s’imposer lorsque cela est nécessaire. Ses échanges avec Ludovic sont fréquents et enjoués comme sur The Nymph’s Corpse (ou d’autres titres sur lesquels guitare et claviers communiquent allègrement), ses autres interventions aériennes, apportant un peu plus de légèreté à cet ensemble.

Si les échanges entre les instruments sont originaux, les compositions se révèlent efficaces à la première écoute mais sont, au final, de facture classique. Il manque véritablement cette rage, cette haine,cette angoisse et cette inquiétude que l'on retrouve dans les contes de fées de notre enfance, il y a trop de légèreté dans cette histoire qui se veut sombre. L’âge et l’expérience des musiciens y sont sans doute pour beaucoup, mais étant donné les qualités annoncées, il ne fait aucun doute que les progrès à venir seront notables, ADRANA devant se détacher de ses influences (NIGHTWISH ou STRATOVARIUS ne sont jamais bien loin) afin de trouver sa propre identité.

Pour l’heure, j’ai l’impression de me retrouver projeté dans un monde féérique qui a plus à voir avec la bonté de Willow qu’avec la gravité de la Terre du milieu imaginée par TOLKIEN. Voilà certainement ce qui manque : noirceur et colère. Perturbatio est un album courageux et ambitieux, un album qui affirme la volonté d’ADRANA de se faire une nom dans ce créneau musical, et, incontestablement, le podium français dispose de plus d’une place. Le groupe y parviendra certainement à la condition de présenter un album plus sombre, plus grave et, simplement plus adulte.

Une princesse a forcément, dans toute histoire, un prince charmant. Elle a également une âme noire qui la fait souffrir dans le seul but de lui permettre de murir.
ADRANA enregistrant le successeur de Pertubatio en août 2010 (la sortie étant prévue, si tout va bien, début 2011) nous réservera, j'espère, quelque sombres surprises, à intégrer sur scène où le groupe développe un vrai concept visuel.

Marpa, le 24 février 2010
metalmp
Date de publication : mercredi 24 février 2010