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26/02/10
A pyre of lost dreams
BLACK WREATH
 
BLACK WREATH est un trio danois formé en 2002 et A Pyre of Lost Dreams leur premier album. Ils n’ont pas choisi la solution de facilité en pratiquant un Doom Metal aventureux et atmosphérique, résolument fascinant.

Tout au long de l’album, l’ingrédient mélodique prédominant est presque entièrement porté par une guitare solo tour à tour lyrique, lancinante, terriblement mélancolique, passionnante de bout en bout. La qualité et la permanence de ces mélodies justifient que BLACK WREATH soit chroniqué sur un site 100% mélodique, quand bien même personne ne pourrait chantonner un air tiré de cet album. Par contre, longtemps après la dernière note, on demeure comme hanté par ces traits de lumière qui n’ont de cesse de transcender la pesanteur rythmique.

A l’inverse des parangons du Funeral Doom à la EVOKEN, SKEPTICISM ou SHAPE OF DESPAIR, BLACK WREATH a fait le choix d’une production certes ultra-puissante mais aussi et surtout très claire, suffisamment aérée pour privilégier les mélodies et le lyrisme, plutôt que de susciter la claustrophobie. Certains breaks enrichis d’arrangements de claviers atteignent des sommets de beauté poignante, dignes des transes d’un MORGION.

La rythmique tellurique de The Black Holes of Your Mind inaugure de manière proprement écrasante une odyssée de 15’30 à la fonction quasi-programmatique. En effet, on trouve exposés dans ce premier morceau tous les éléments fondamentaux de la musique de BLACK WREATH. Du Doom Metal, le groupe a adopté les structures longues et tortueuses, le tempo lent, les thèmes forcément sombres, les ambiances de fin du monde et de désespoir absolu. Le final au violon aiderait n’importe quel agonisant à se plonger paisiblement dans les eaux du Léthé.

Nocturnal Dominion (plus de 13’ au compteur !) s’avère encore plus lent et surtout plus atmosphérique, plus progressif, paradoxalement plus lumineux. Deuxième tour de force.

Les lignes de guitare présentes au début de Solitude Rising (Missing All Exits) s’inscrivent dans la grande tradition du Doom Metal classique tel qu’on le pratique chez CANDLEMASS et SOLITUDE AETURNUS. Au bout de six minutes, un long épisode bruitiste intervient, avant que le morceau ne poursuive son déroulement sur un mode plus dissonant qui peut évoquer la touffeur déglinguée propre au Post Rock. Un titre légèrement moins marquant que les deux précédents titres, néanmoins intéressant en ce qu’il excède les limites strictes du Doom Metal.

Avec une durée qui lui permettrait presque de faire office de single (un peu moins de 8’), Nidstöng clôt cet opus sur un mode franchement oppressant. De longues minutes d’effets graves et lointains, des notes de basse sépulcrales, une pluie qu’on imagine glaciale tombant sans discontinuer. : c’est raté pour le single ! Musicalement relativement anecdotique, cette très longue outro prouve s’il en était besoin que BLACK WREATH souhaite exposer ses idées sur la longueur, afin que l’auditeur soit irrémédiablement soumis aux ambiances, attentif aux motifs musicaux.

En fait, le seul bémol concernant cet impressionnant premier album est le chant, majoritairement et assez banalement caverneux. Il est heureusement relativement mixé en retrait car il faut bien admettre qu’il ne transcende pas l’ensemble, si ce n’est qu’il procure une touche de froideur efficace. Quand les voix sont sussurrées ou parlées (voir le final de Nocturnal Dominion), elles gagnent inconstestablement en pertinence. A méditer...
Alain
Date de publication : vendredi 26 février 2010