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02/10/2016
Visions in bone
THE WOUNDED KINGS
 
J'admets apprécier les originaux qui n'en font qu'à leur tête, que cela nous change des parcours par trop balisés mais enfin, quelle mouche a bien pu piquer THE WOUNDED KINGS ?! Je m'explique : avant même la sortie de ce cinquième album, le quartette britannique s'est tout simplement séparé, sans qu'on puisse trouver trace du début de l'esquisse d'une explication plausible. Pourtant, le retour du chanteur George BIRCH semblait le gage d'une cohérence avec les deux premiers albums (Embrace Of the Narrow House, 2008, et The Shadow Over Atlantis, 2010). A défaut de comprendre, nous nous consolerons avec la qualité intrinsèque de cet album qui confirme la capacité qu'avait le guitariste Steve MILLS, véritable âme du groupe, à transcender les codes du Doom metal et de ses ramifications. Car je mets au défi quiconque de réduire la discographie de THE WOUNDED KINGS à telle ou telle catégorisation réductrice, hormis celle de Doom Metal, pertinente mais insuffisante.

Qui dit Doom, dit lenteur et lourdeur. Soit deux ingrédients que l'on retrouve dans les cinq titres constitutifs de Visions In Bone. Ainsi, les riffs prodigués par MILLS ne dépareraient-ils pas dans le répertoire de CANDLEMASS ; cela donne une idée de leur valeur, de leur côté à la fois massif et accrocheur. Comme on s'en doute, la section rythmique n'en pas là pour distribuer des pâquerettes à l'assistance mais bien pour les piétiner, les broyer et les enfoncer sous terre. On peut sans souci adjoindre à la liste descriptive le critère de la longueur puisque les cinq titres de l'album atteignent des durées respectables : Beast dépassent les treize minutes, Vultures les huit minutes, Kingdom frôle les onze minutes et Vanishing Sea les dix minutes. En fait, seul Bleeding Sky atteint une jauge classique, c'est-à-dire en dessous des cinq minutes.

Cela étant dit, on pourrait s'imaginer que THE WOUNDED KINGS s'apparentaient à la frange la plus extrême du Doom Metal mais on se tromperait en grande partie. Je dirais que le groupe ne recherchait pas la lourdeur, la lenteur ou la longueur maximale pour le plaisir strict et limitatif de dépasser des limites et d'épater le peuple par des exercices de style. Non, ce qui frappe à l'écoute de Visions In Bone, c'est avant tout la liberté d'écriture, qui conduisit le groupe à emprunter des chemins progressifs et psychédéliques, lesquels confèrent aux compositions des cheminements peu conventionnels. C'est cette émancipation des structures éprouvées et attendues qui constitue la force du groupe, en sus d'une interprétation à la fois maîtrisée et habitée.

C'est bel et bien cette interprétation qui transcende des éléments de base a priori communs. Ainsi, l'alternance entre des passages atmosphériques et des moments plus franchement lourds n'est pas neuve mais THE WOUNDED KINGS se l'approprient en jouant, consciemment ou pas, sur des paradoxes. Ainsi, le chant de BIRCH n'est ni particulièrement puissant, ni même forcément typé Metal. Clair, modulé sans excès, mixé en retrait, il s'avère pourtant expressif, porteur d'une intensité dramatique alors même que la technique vocale employée exclue les effets de manche.
La noirceur propre au Doom réside certes dans des rythmiques dignes du sens de la grandeur de CANDLEMASS et dans des riffs épais sortis de la riffothèque de maître IOMMI. Mais elle est aussi décuplée par les passages lents, aux mélodies tordues, dans lesquels sinuent des solos de guitare porteurs d'un feeling blues défiguré par un psychédélisme dégénéré.

Au total, cet album s'écoute d'une traite, comme une expérience spéciale qui ressemble assez au visuel de la pochette : a priori dépouillé et austère, le Doom de THE WOUNDED KINGS conduit vers une illumination, vers une épectase occulte et mystérieuse. Peut-être morts de leurs blessures, les rois du Doom britannique peuvent reposer en paix.

Ecoutez Bleeding Sky (cliquez ici) et Kingdom (cliquez ici)
Alain
Date de publication : dimanche 2 octobre 2016