18 / 20
05/08/18
Castellum
DARKENHÖLD
 
L'année dernière, nous vous disions le bien que nous pensions du quatrième album de DARKENHÖLD (relire la chronique ici : cliquez ici). Il n'aura fallu attendre que quelques mois pour le groupe français se signale à nouveau, en l'occurrence par le biais d'une réédition de son troisième album, Castellum. Initialement publié en 2014, cet opus se trouve ici proposé un format digipack, enrichi de trois titres et doté d'un nouvel artwork.

Pour les retardataires ou les plus jeunes, c'est l'occasion de découvrir le Black Metal très maîtrisé pratiqué par DARKENHÖLD. Certes, les vocaux sont acrimonieux, quoi qu’audibles et suffisamment articulés pour que l'on saisisse les paroles quand elles sont prononcées en français. Oui, il existe sur cet album des plans de guitare en trémolo caractéristiques. Admettons que certaines parties rapides tutoient le blast beat.
Mais tout ceci ne fait que constituer une base et, à l'instar de EMPEROR à ses débuts, DARKENHÖLD a toujours priorisé rigueur et ambiances, contournant les attitudes True et Raw mais aussi les outrances propre aux démarches avant-gardistes. C'est pourquoi un soin particulier a été apporté à la clarté dans l'exposé des riffs, plus tranchants qu'à l'accoutumée dans le Black Metal. Pour en rester au rayon des guitares, DARKENHÖLD ne fait pas mystère sur cet album de ses influences Heavy Metal en proposant des séquences clairement mélodiques, sans parler des plages de guitare acoustique. Autre trait commun avec le Heavy Metal, les solos de guitare visent toujours l'expressivité et la mélodie, plutôt que l'hystérie.
Autre élément distinctif de la masse des hordes Black Metal, les lignes de basse sont ici clairement audibles et épaississent notablement le son de l'ensemble. Enfin, il serait injuste de passer sous silence la diversité du jeu de batterie, parfaitement à l'aise dans les passages mid-tempos comme dans les embarquées fougueuses.

Reste à aborder un élément à la fois constitutif et souvent pointé du doigt chez DARKENHÖLD, à savoir le recours à des arrangements de synthétiseurs. Majoritairement utilisés en arrière-plan pour enrichir les ambiances, ils sonnent incontestablement légers, voire datés, surtout en comparaison des formations qui ont recours à des banques de son onéreuses, voire à des ensembles ou des orchestres classiques. Cela dit, la constance du recours à ces sonorités ne peut pas être prise comme un défaut de la part de DARKENHÖLD, mais bien comme un parti pris assumé. Pourquoi, vous demanderez-vous ? Tentons une explication. L'univers de DARKENHÖLD tourne autour d'une imagerie médiévale. Mais le propos de DARKENHÖLD n'a jamais été de recréer fidèlement le Moyen-Âge d'un point de vue culturel, historique et musicologique, mais bien d'en proposer une projection fantasmatique et symbolique crédible. Du coup, ces sonorités de synthés relevant du corpus des années 80 incarnent symboliquement cette projection rétrospective dans un passé mythique. Et cela concourt fondamentalement à l'identité et à l'attrait exercé par DARKENHÖLD.
Alain
Date de publication : dimanche 5 août 2018