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06/08/18
Skáld
SKÁLD
 
Les travaux historiographiques les plus récents ont montré que l'ampleur des invasions dites vikings en France avaient été largement amplifiées et dramatisées par les chroniqueurs de l'époque. Sans nier ni la brutalité, ni l'impressionnante audace des Vikings (appellation qui ne désigne pas les peuples nordiques des actuels Danemark et Norvège mais bien les marchands-guerriers-maraudeurs qui en étaient issus), il est aujourd'hui permis d'affirmer que la force de ces intrus fut surtout proportionnelle à la faiblesse des pouvoirs en place. Petite précision historique : en l'an 840, à la mort de leur père, le roi franc Louis, dit le Pieux, ses trois fils, Charles II dit le Chauve, Louis dit le germanique et Lothaire 1er, s'affrontent pour s'arroger la meilleure part du gigantesque empire hérité de Charlemagne. En bon souverain germanique tourné ver l'est, Charles le Chauve concentre ses forces à l'est et, de fait, néglige ses frontières à l'ouest. D'où la facilité qu'eurent les hommes du Nord à multiplier les pillages pendant des décennies, puis à s'implanter loin d'une Scandinavie aux structures sociales rigides et à la démographie disproportionnée par rapport aux ressources in situ. Mettez-vous les idées au clair (cliquez ici).

Or donc, la faiblesse franque transforma la rapacité viking en implantation territoriale nordique durable en Normandie, au sens strict du terme le pays des hommes du Nord. Ce long préambule pour affirmer qu'il n'est pas illégitime de voir un projet français s'emparer de la culture nordique ancienne. Histoire d'être provocateur, au même titre que ERA sut raviver l'attention à l'égard du chant grégorien, SKÁLD propose une mixture crédible, tout autant que modernement traitée. Contrairement à bon nombre de formations de Metal dédiées à l'univers nordique (et improprement labellisées Viking Metal – plutôt que Northern Metal), SKÁLD semble vouloir privilégier l'aspect culturel, plutôt que la face conquérante. Les trois morceaux annonciateurs d'un album portent en effet des titres profondément ancrés dans la culture scandinave : Gleipnir (soit le prix qu'eut à payer Týr pour enchaîner le loup Fenrir, c'est-à-dire le sacrifice d'une de ses mains), Óðinn (primum inter pares dans le panthéon divin nordique) et Rún (le secret).

Des moyens conséquents semblent avoir été mis dans le projet SKÁLD, à la fois pour le rendre crédible et accessible au public du XXIème siècle. Pour ce qui est de la crédibilité culturelle, soulignons que les textes sont tirés et/ou adaptés des Eddas, manuscrits poétiques tardifs du XIIIème siècle. Je ne saurais vous affirmer que la prononciation est adéquate mais force est de constater que l'aura d'ensemble des vocaux féminins et masculins emporte l'adhésion, évoquant notamment l'expressivité GJALLARHORN, HAGALAZ RUNEDANCE ou Karin HÖGHIELM. Parmi les vocalistes, nous trouvons une personne qui s'est illustrée dans le domaine du Metal extrême, à savoir Pierrick VALENCE (une rapide recherche vous permettra de retracer le CV étonnant de ce gaillard, tout en respectant les instructions de l'attachée de presse stipulant de ne pas citer les formations précédentes des protagonistes de SKÁLD).

Musicalement, il ne saurait s'agir ni d'une (vaine) reconstitution folklorique, ni d'un nième exercice de Viking Metal. L'instrumentation repose pour l'essentiel sur des percussions, des instruments traditionnels à cordes ou à vent, dont le rendu s'avère précis et organique. Afin de créer du liant et de permettre au public actuel d'accéder à cet univers scandinave ancien, le format des pistes demeure plutôt bref, avec une propension à créer des accroches rythmiques et mélodiques. Qui plus est, des arrangements électroniques achèvent de rendre ces formats efficaces et compréhensibles.

Ces trois titres ne représentent qu'une incursion de reconnaissance de la part de SKÁLD, avant un album en bonne et due forme qui démontrera – ou pas – la solidité du projet sur le long cours. En attendant, ne boudons pas notre plaisir !

Vidéos pour Gleipnir cliquez ici, Óðinn cliquez ici et Rún cliquez ici.
Alain
Date de publication : lundi 6 août 2018