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Chronique
BRAINSTORM - Midnight ghost

Style : Melodic Speed Metal
Support :  CD - Année : 2018
Provenance du disque : Acheté
10titre(s) - 52minute(s)

Site(s) Internet : 
Site officiel du groupe Brainstorm

Label(s) :
AFM
 (17/20)

Auteur : Jan
Date de publication : 09/11/18
Un déferlement de torgnoles...
Au petit matin, une lueur encore vive jaillissait par l’une des grandes baies vitrées de la caserne anciennement désaffectée dans les quartiers nord de Cologne. A l’intérieur, une pointe de vie dont on n’aurait pu soupçonner l’existence. En s’approchant assez, il était même possible de percevoir la sonnerie d’un téléphone ayant eu la chance de traverser les quatre dernières décennies sans encombre, étant donné sa sonorité typique des seventies. Au bout du fil, une voix de femme répondit joyeusement à un interlocuteur anonyme. Après que la demoiselle le lui ait poliment demandé, ce dernier lui déclina son identité, son adresse et la raison de son appel. « Bien, monsieur ! Je vous envoie une équipe dès que possible ! Merci bien, au revoir ! », lui rétorqua-t-elle toujours aussi cordialement.

En ce début de journée de fin septembre, la pendule comtoise appuyée contre le mur du secrétariat miteux se mit à retentir allègrement, comme d’habitude à cette heure-ci, et indiqua à la petite rousse standardiste qu’il était grand temps pour elle de s’évaporer du bureau, tout le monde ne travaillant pas une nuit entière à recueillir les plaintes de ses concitoyen(ne)s jusqu’à sept heures pétantes. Sac à main sur l’épaule, sachet de donuts dans une main, gobelet de café dans l’autre, le trousseau de clés sur le bout des doigts, l’inépuisable Janine se dirigea d’un pas rapide vers la porte d’entrée et la referma derrière elle en ayant pris soin d’éteindre préalablement tous les néons, économie d’énergie oblige, afin de ne pas froisser l’inconcevable Champion de la Planète Terre.

Ce vendredi s’écoula frénétiquement jusqu’à ce qu’une voiture, plutôt mal en point et toussotant une fumée aussi noire que le côté obscur du Dark Vador, s’approcha péniblement du bâtiment, sirène chuintante faisant fuir tous les corbeaux sur son chemin. Roulant difficilement, cette boîte de conserve, désormais bonne pour la recyclerie sans passer par la case prime de reprise vu son pitoyable état de Trabant Frankenstein ambulancière retraitée, s’engouffra lentement sur l’allée de service, patientant devant l’ouverture tout aussi décrépie et voilée par la rouille. Gyrophare éteint mais pleins feux, le tacot entra prudemment dans le garage qui lui faisait face quelques secondes auparavant. Puis, grinçant des gonds comme s’il avait de l’arthrite, le portique se referma douloureusement face au séant du véhicule après en avoir reçu l’ordre du conducteur via une télécommande tout aussi poussiéreuse que les combinaisons des passagers qui, une fois le carrosse mécanique à l’arrêt, sortirent précipitamment de l’habitacle et filèrent droitement vers la cuisine, lieu de tous les plaisirs, mais également témoignage de la fringale du spectre violacé quelque peu repoussant qui surveillait les lieux en l’absence de ses compagnons humanoïdes. Ce dernier n’était pas le dernier pour engloutir les diverses gâteries que renfermait le frigidaire. D’ailleurs, le placard à biscuits non plus n’était jamais à l’abri de la gourmandise de ce gargantuesque glouton aux allures de langolier et dégoulinant d’ectoplasme des quatre coins de son éthérique rondeur.

« Salut, les mecs ! », lança-t-il à l’équipage désormais habitué au bazar monumental laissé derrière lui par cet olibrius de l’au-delà. « Janine vous a laissé quelques instructions concernant le nettoyage de la baraque...Hum, et il y aussi eu un appel de la part d’un quidam, dont le patronyme et l’adresse figurent sur un post-it quelque part sur son bureau... Il paraît qu’il s’agit d’un famille ayant besoin d’aide, tout ça parce que le cadet de la smala aurait entraperçu dans son armoire quelque regard troublant d’un jaune intense et fluorescent... Haha, pas de quoi pisser dans son futal, quoi... Mais bon, dans le doute, vous devriez aller y jeter un œil, des fois que le môme se fasse bouffer... Haha... Et dire que ce n’est pas encore Noël et le Grinch fait déjà flipper les morveux !! Bref, je vous conseille de vous taper la cloche, la nuit risque d’être longue, les amis ! »

Ni une ni deux, les cinq se mirent à table, dégustant les menus restes de Bombix, leur fidèle répondeur flottant, en guise d’apéro et décrochèrent le combiné et commandèrent une dizaine de pizzas véganes auprès de leur dealer habituel. Un quart d’heure plus tard, le livreur Fangio était là, prêt à recevoir son pourboire quotidien. Satisfait, celui-ci fit demi-tour après avoir déposé les colis dans les bras du plus charismatique d’entre eux avec sa longue crinière ondulée, châtain de coloris, en queue de cheval, prolongement logique de sa barbichette bien taillée sur le devant du visage. Andy, de son doux intitulé, distribua les boîtes comme un jeu de carte, chacun des protagonistes ayant droit à deux crop-circles alimentaires prédécoupés en huit parts égales chacune. Scrunch scrunch, glop, glop... Dès lors que le leader du groupe posa les contenants sur la table ronde (de la camelote Hic-et-Haaaa, ce meuble), ce fût aussitôt une orgie d’onomatopées d’enfournage, de mâchouillage et d’avalage qui envahit un certain temps durant la pièce entière, entraînant également Casse-Croûte à faire de même avec ce qui lui restait de viennoiseries matinales. Il était plus de vingt-et-une heure passées lorsqu’une sieste s’imposa aux valeureux guerriers, qui se préparèrent durement à affronter l’improbable quand minuit ferait son tapage nocturne sur l’horloge helvétique de la clientèle en détresse. Ronflements, sifflements, grognements... Telle était l’ambiance dans cette kitchenette surdimensionnée.

« Coucou ! Coucou ! Coucou ! », fit subitement le volatile malfaisant qui ouvrait dangereusement son bec en tek soixante minutes avant le fatidique moment. « Bon, les gars ! Je sais qu’il est tard, que vous avez la flemme et que vous avez une sérieuse envie de vous taper un petit roupillon avec Nounours, Nicolas et Pimprenelle, mais bon, là, il faut se bouger ! Une tribu nous attend pour la débarrasser des monstres qui l’accablent actuellement ! Alors, levez-vous ! Vite !! », ordonna Milan, d’un ton à la fois ferme et amical. Enfilage de bottes, coup de peigne à la va-vite, spray mentholé des fois qu’une belle donzelle se promènerait quelque part dans le Cologne nocturne, lunettes de soleil sur le nez pour le style et zou, glissade sur la barre verticale depuis le deuxième étage. Une fois au tour de Dieter, celui-ci resta coincé en haut de la gouttière, les mains et les jambes bien agrippées sur cette dernière. « Qu’est-ce que tu fous, nom d’un Paris-Brest ? », demanda Torsten, passablement agacé par l’hésitation visible de son collègue. « J’peux pas descendre, j’ai le vertige ! », rétorqua honteusement le frappeur de fûts. « Ben, alors, prends les escaliers et arrête de nous pomper l’air ! On a du boulot, là ! », s’énerva Antonio, le rythmicien de la troupe. « Ah oui, tiens ! Bonne idée !! J’arrive ! », lui répondit Dieter.

Une fois l’intégralité de l’escouade à bord de la guimbarde et le moteur démarré, le gyrophare illumina le garage et la sirène retentit aussi fort qu’elle pouvait, peu importe les décibels, il fallait qu’elle s’entende à dix lieues à la ronde et qu’elle réveille les riverains sur son passage. Syncopant régulièrement, crachant des tonnes de CO², la ruine sur roulettes continua tant bien que mal à se déplacer dans les rues de la géante de Rhénanie-du-Nord, enjambant quelque pont et traversant vers le sud quelques axes principaux de la ville. Enfin, au bout de son calvaire routier, elle arriva à destination, devant une belle villa à l’allemande, avec son jardin bien tondu et ses géraniums tombants décorant les fenêtres des deux étages. L’équipée sauvage se vit bien vivre dans cette somptueuse demeure, propriété d’un couple de cadres supérieurs et de leurs trois bambins, dont une adolescente bêcheuse et un casse-cou pré-pubère. Après avoir échangé quelques mots au sujet de la Mercedes dernier cri parquée à quelques encablures de l’entrée, les sauveurs marchèrent prudemment sur le gazon parfaitement entretenu pour ne pas faire crier l’herbe. Déjà que les carottes se plaignent quand on les râpe, alors imaginez les brins verdâtres qui poussent à même le sol. Ce ne serait pas tenable s’ils avaient le malheur d’ouvrir leurs clapets invisibles au commun des mortels. Ouh là ! Hors de question de se faire engueuler par de la salade pour moutons !! Que nenni !! Et puis quelle honte pour nos chers professionnels du défonçage de revenants !! Andy toucha le petit bouton présent sur l’interphone et se présenta auprès de la maîtresse de maison, tout émoustillée à l’idée de rencontrer enfin son idole. La porte s’ouvrit et la quarantenaire se jeta au cou de l’éphèbe et poussa quelques gloussements de joie. « Oh, mon héroooooos !!! Mon brainstormer favoriiiiiiii !!! ». « Oh, ça va ! Ça va ! », râlât son mari derrière son épaule. Et c’est, joues toutes rougies par une certaine honte d’elle-même, que la groupie se décrochât, non sans en éprouver une certaine tristesse, du corps musclé de son hôte d’un soir. « Hum, hum...Rentrez donc, je vous en prie ! », jeta-t-elle à l’attention de tous les « invités » trépignant d’impatience sur le beau tapis « Welcome ! ». « Frottez vos bottes sur le paillaisson, s’il vous plaît ! Et voici des patins... C’est que notre domestique vient de faire le ménage et qu’elle ne reviendra pas de ses congés mensuels avant un bon mois... Et je n’ai pas le temps de m’en occuper à sa place... C’est que, voyez-vous, les torchons et les serviettes ne se mélangent pas ensemble, si vous voyez ce que je veux dire... Après tout, nous sommes un peu les Bordeau-Chesnel de la commune... »

« Charmant, très charmant... », regretta pensivement et silencieusement le cador de cette petite légion d’exterminateurs de fantômes aguerris. « Montrez-nous la piaule de votre plus jeune fille dans laquelle les indésirables créatures séviraient, s’il vous plaît ! Nous n’avons pas toute la nuit et, à vrai dire, j’ai une grosse envie de rejoindre mon plumard ! Alors, plus vite on ira les dégommer et plus vite nous débarrasserons le plancher ! », s’emporta Milan, visiblement irrité de l’impudence de cette mère de famille, plus occupée à baver devant les pectoraux d’un certain membre du groupe que de la protection de sa propre famille. « OK, c’est au 1er ! », réagit le papounet responsable, « Suivez-moi ! ».

C’est alors que les joyeux lurons s’élancèrent à grandes foulées dans l’escalier qui menait au niveau supérieur. Une fois sur place, le chef d’escadrille demanda poliment au daron d’aller voir dans le séjour s’il y était et s’embarqua courageusement dans le couloir assez large pour le laisser passer, ainsi que ses sous-fifres, en même temps, leurs packs de protons sur le dos, prêts à dégainer dès le premier battement de cils de la goule ou de la bête lozérienne qui pourrait se cacher dans les ténèbres de la chambre à coucher du minikeum qui a fait, précédemment, part de ses expériences cauchemardesques à ses parents. A quelques encablures de la porte d’entrée de cette pièce à ronflements, Andy se mit à avoir le palpitant plus preste, comme s’il avait conscience d’une présence quelconque perdue dans les profondeurs du dressing ou planquée sous le lit de la petiote. C’est ainsi qu’il se saisit de son arme spéciale et visa dans le vide, sans tirer un coup, pour l’instant, marchant à l’aveuglette dans la pénombre, suivi, dans l’ordre, de Milan, Thorsten - détecteur EMF à la main, qui grésillait vivement -, Antonio et Dieter, très prudents eux aussi. Subtilement, Andy glissa la porte coulissante sur un côté et retira le rideau.

Ce qui surgit du néant le surprit et l’étala comme une crêpe sur la moquette, n’ayant pas eu le réflexe de vider son chargeur. Et cette ombre n’était pas la seule à s’extraire des abysses murales en cet instant surnaturel. Des dizaines d’autres la suivirent, envahissant progressivement le volume de cette chambre maudite. Ainsi, ce furent un loup-garou tenant une jeune gévaudanaise dans sa large gueule suintante de bave dégoutante, un croque-mitaine à l’horrible pull rayé, borsalino, qui n’a jamais fait de manucure et qui s’est prit pour un rôti de seitan, un gentil petit fantôme recouvert d’un drap blanc immaculé qui affirme s’appeler Casper, un revenant blondinet vicelard à la dentition de traviole dont le passe-temps favori consiste à gober les mouches et se gratter les couilles tout en lançant d’étranges charades qui le font passer pour le cinquième Beatle en jus d’oranges, un clown pervers qui adore les ballons gonflables et se fourvoyer dans les égouts de la ciudad, un petit démon des croisements très futé répondant au doux nom de Crowley dont le goût prononcé pour les parties de jambes-en-l’air était réputé hors du Kansas, un caungeon masochiste appréciant son rôle d’appât à gosses, un wendigo sylvestre qui a sérieusement les crocs, une strige qui ne paie pas de mine sans son antirides mais qui s’impatiente devant le repas constitué par ces cinq belles pièces de viande humaine dans leurs uniformes, un djinn à l’imagination débordante et à l’ambition cinématographique, une banshee veilleuse de nuit très impliquée dans son rôle de passeuse d’âmes, un vampire coquinou néo-orléanais picolo qui abuse du Bloody Mary sujet d’une interview dans un canard New-Yorkais, un cyborg futuriste faisant une fixette sur Sarah Connor à l’instar de ses flinguos, un petit alien marron aux grands yeux bleus tapotant sur son smartphone avec son index lampe-de-poche de marque McGyver (très pratique, ça !), une panthère rose jazzy balançant sa longue queue en rythme tout en roulant des mécaniques, un président jupitérien aux canines kilométriques rayant le parquet accompagné d’un trouduc policier démissionnaire, d’un castagneur facile adepte du déni, d’un chef de gouvernement également capitaine caverne et d’une flopée de lobbyistes patentés pratiquants aguerris de la langue de bois et de l’empoisonnement populaire, un balai-à-chiotte milliardaire trumpant les gens énormément à coups de tapas mexicains, un chiotte turc brandissant la menace de son yatagan déjà ensanglanté au visage des européens, and so on, comme aimerait à le dire un Bruce DICKINSON d’un accent délicieusement british.

A la vue de toutes ces entités empressées d’aller se dorer la pilule au soleil, histoire d’adoucir leurs misères en écoutant un peu de ce bon vieux Charles, désormais Aznazevour, ramené à la terre, les cinq mousquetaires, également musiciens quand ils ne triment pas, se firent une joie de se lancer à l’abordage de ce Hollandais Volant farfelu et de son équipage tout aussi énigmatique. La stratégie pour laquelle nos héros ont opté était d’une simplicité aveuglante. Elle consistait à positionner un homme devant la porte du dortoir unique, deux autres tournant le dos à la fenêtre, - cette dernière sans volets, non mais quelle idée saugrenue, quand même !! -, un quatrième face au placard mettant en joue les clandestins de l’entre-deux plans et un dernier, last but not least, plaçant un lecteur de CD à proximité des intruders surnaturels. Une fois branché, l’appareil se mit à exploser soniquement de partout à coups de guitares assassines et de mélodies bien senties mises en boîte jadis par nos professionnels de la défantômisation.

Cette galette laser, Midnight Ghost de son charmant pseudonyme, forcément illustré par le divin Gyula HAVANCSÁK, seul humain capable d’omniprésence crayonnique, fit son effet dès la première note. Les envahisseurs spectraux reculèrent d’un pas, se cognant la fondation au double-battant du dressing. Devil’s Eye les glaça net d’effroi et fit ressurgir leur stupeur sur leurs visages difformes. Double-pédale constante, gros riffs à l’allemande, nappes orchestrales de soutien donnant à l’ensemble un minois dramatique, un Andy très en forme, se maintenant toutefois dans les médiums sur ce titre. Tandis que Revealing The Darkness se veut plus mesuré grâce à une mélodie orientée pop, mais pas moins efficiente pour autant. Car le piano est tout indiqué dans ce morceau. Fluide et aérien, il emporte ce dernier dans une sorte de sérénade surplombée par des grattes pesantes et une basse syncopée, tel The Path qui pourrait être considéré comme la balade power de ce millésime 2018 des germains. Un titre reposant après le déferlement de vagues dévastatrices qui balayent tout sur leur passage. Le chant d’Andy se fait plus langoureux, mais aussi plus subtil. Les mélodies à la six cordes naviguent pieusement sur les nappes symphoniques en arrière-plan. Cela dit, ce sont Ravenous Mind et Jeanne Boulet (1764) qui se taillent la part du lion sur cet album, le premier donnant dans le culturisme artistique à l’instar de son confrère The Pyre, le second dans la montée progressive tel une locomotive diesel par un matin de janvier démarrant sa journée à l’abri sous une rotonde du dépôt de Chambéry. Tandis que Jeanne Boulet (1764), LE morceau épique de The Midnight Ghost avec ses sept minutes et des poussières (du jamais vu chez BRAINSTORM) apporte la touche grandiloquente et cinématographique qu’il fallait à ce dernier opus, symphonie et cloches mortuaires en fond, Ravenous Mind joue les trouble-fête de par son côté moderne et popisant grâce à aux claviers discrets mais perceptibles qui font légèrement penser à ceux utilisés par STRATOVARIUS et son pianiste foldingue. Il ne s’agit pas du meilleur extrait de Midnight Ghost, contrairement à Jeanne Boulet (1764) qui est l’apogée de ce que pouvait créer BRAINSTORM musicalement parlant à l’heure actuelle. La suite du programme est plus conventionnelle pour les teutons. Peut-être même un peu ennuyeuse si l’on est plutôt habitué(e) au Brainstorm de la grande époque, voire de la cuvée Firesoul. Cela dit, la formation se booste juste ce qu’il faut pour nous offrir quelques moments de bravoure, comme sur When Pain Becomes Real, Four Blessings et son très bon refrain qui pourra être repris en chœur par tous les fans en concert ainsi que ses growls (visiblement très en vogue depuis quelques années chez les heavy/power métalleux) ou encore Haunting Voices et ses soli d’enfer, avant que tout ne se termine sur une tonalité plus doucereuse en suivant The Path de la sagesse ou de la zénitude, tout dépend, si l’on se réfère à la structure même de cette chanson plus calme.

Ce déferlement de torgnoles était d’autant plus impressionnant qu’il s’accompagnait d’un gros son, œuvre du maître des consoles, Sebastian LEVERMANN, l’un des seuls quidam au monde à pouvoir apporter rondeur et biceps aux réalisations des bataillons de chevelus wisigoths en quête d’aventures surnaturelles, la dentelle de Calais en plus, voire même la porcelaine de Limoges. C’est que nos chasseurs de monstruosités aux biscotos d’acier se la sont joué main de velours dans un gant de fer avec cette rondelle remplie de bons sentiments et pourtant d’une incroyable rudesse. C’est, d’ailleurs, grâce à cette dualité des aspects de leur musique qu’ils ont réussi à renvoyer les bestioles fantastiques dans leur pénates infernales et à exorciser les craintes d’une enfance abreuvée de violences contemporaines et de légendes urbaines, telles que celle du « grand méchant loup » qui justifie, malheureusement, le « prélèvement » d’une cinquantaine d’individus chaque année dans le pays de Molière ou celle de « l’abominable végan(e) des neiges battues sans blanc d’œuf ». Et, malgré l’existence réelle de mondes inatteignables par les multiples limitations de l’esprit humain, la thématique générale inhérente à cet opus reste pleine d’espoir quant à la conclusion des schématiques enfantines conceptualisant sans doute trop l’obsession sociétale pour les principes moraux du bien et du mal éternellement en conflit l’un et l’autre oubliant souvent la présence d’une passerelle entre eux qui pourrait effacer les anachronismes artificiels créés de toutes pièces par les apôtres de la bienséance, dont le seul but demeure le pouvoir sur l’ensemble de la masse pensante et toujours excessivement crédule.

Et, c’est parce qu’ils sont parvenus à remettre de l’ordre dans tout ce fatras, que nos cinq lurons quittèrent joyeusement la bâtisse parentale en se félicitant mutuellement pour le travail accompli, tant par la sécurisation de la pièce maîtresse, là où surgirent les créatures faustiennes, afin que ces dernières ne s’échappent pas, que par la maîtrise artistique qui déplurent intégralement aux ombres nocturnes sus-citées mais qu’apprécièrent les représentants de l’humanité citadine qui se réjouirent de cette disparition précipitées de quelques clandestins spectraux et de leur capture dans les pièges ectoplasmiques prévus à cet effet et mis au point par leur cousin d’outre-Atlantique, le farfelu Egon Spengler, qui les leur a fait parvenir dans un colis Chrono*ost avec quelques échantillons de burgers typiquement états-uniens. D’où cette forte odeur de cornichons et de fromage dégoulinant vraiment dégueu. Les copains firent leurs adieux à la smala au coffre-fort blindé, non sans recevoir une généreuse compensation financière pour le taf effectué en deux coups de guitare électrique, ainsi qu’une toile finement décorée par le riverain hongrois du quartier, le très inspiré Gyula HAVANCSÁK, qui se dépêcha de dépeindre la saynète qui eut lieu dans la chambre du môme en une dizaine de minutes seulement (oh oh, la narratrice radote gravement vu qu’elle en a déjà parlé plus haut !!). Le résultat était au delà de l’imagination fertile d’Andy et de ses potos. Un bleu intense transparaissait massivement sur le tableau accompagné de nuances plus ou moins appuyées de jaune, d’indigo, de vert et de rouge, rehaussant les détails d’une capitale importance pour la compréhension même de l’évènement qui se déroula quelques instants auparavant dans la villa cossue. Ajoutant à cela, quelques prises de vue réalisées par Alex KUEHR et son œil de faucon, photographies mises en vrac dans un carnet relié et vous pouviez alors imaginer l’aloi global de l’œuvre dont le quintet a accouché en cet an de grâce deux mille dix-huit, soit deux printemps après un autre album peut-être moins efficient depuis l’arrivée de celui-ci dans les bacs européens.

C’est ainsi, qu’après une longue marche pour se dégourdir les gambettes, que la troupe de sauveteurs échangea sur la nécessité de partir en tournée pour promouvoir leur dernière pépite et conter sur scène leurs exploits, notamment à Paris, le 20 janvier 2019, et à Colmar le lendemain. Après avoir rondement déambulé dans les allées paisibles de ce quartier huppé de Cologne, la folle équipée rejoignit à nouveau son véhicule déglingué, lançât le moteur, qui, à la manière du tonton de Fernand Raynaud, se mit à expectorer maladivement comme si elle s’enfila un champ entier de marijuana jamaïcaine ainsi qu’un bon millier de joints colombiens, puis fila tout droitement vers son quartier général en grillant quelques feux verts au passage, ceci dans le but de rejoindre au plus vite son dortoir adoré. Chouinant à plein poumons, l’automobile se fit encore une fois peu discrète sur le trajet, réveillant allègrement tous les nourrissons que leurs parents endormirent péniblement et qui, du coup, réclamèrent bruyamment leurs biberons, et tous les petits vieux qui en perdirent leur latin et leur dentier en faisant quelques remontrances de perlimpinpin aux chauffards déjà très loin. Une fois à destination, les manants de la route rangèrent l’épave dans l’emplacement prévu pour cela dans leur baraquement urbex, saluèrent Bombix, leur cuistot fantomatique personnel, grignotèrent un bout et grimpèrent dans leur piaule se jeter dans leurs pieux respectifs. Une demi-heure de comptage de multiples Shawn plus tard, l’escadron fermât les yeux et se mit à roupiller comme jamais, quelques dizaines de minutes avant que l’aube ne se pointa itérativement avec ses petits photons casse-noisettes et que la sténodactylo aux mèches flamboyantes ne fasse irruption dans le building, sac en cuir végétal dans une main, les clés dans l’autre, mâchouillant frénétiquement son Malabar avant de refermer derrière elle la porte d’entrée avec son peton enveloppé dans une Vans à l’effigie du killer Eddie The Head, puis de piétiner jusqu’à la machine à café, de boire une demi-douzaine de tasses et de consulter ses mails tout en prenant le temps de refaire sa manucure maison.

Il ne fallût pas une heure pour qu’un fan du groupe fasse retentir l’antique téléphone pour réclamer une dose supplémentaire de brainstormers et mendier la venue desdits éliminateurs de monstruosités dans sa localité. Janine nota ses doléances sur son logiciel collaboratif et informa le jeune homme qu’il lui faudrait patienter un bon moment avant que les cinq artistes ne se mettent une énième fois en mode *composition* pour présenter au monde le successeur de l’excellentissime Midnight Ghost, enregistré dans les studios teutons de Greenman, et que, de facto, pour encore plus de claques, il devra repasser dans, a minima, un couple d’années. Ni une ni deux, l’admirateur remercia la rouquine opticienne, gribouilla quelque chose sur son agenda et raccrocha gaiement après avoir eu la réponse qu’il attendait concernant le passage des héros du jour dans son patelin. Pour la secrétaire, la longue journée ne fît que commencer ce vingt-huit septembre...



Line-up :

Andy B. FRANCK (chant)
Torsten IHLENFELD (guitares)
Milan LONCARIC (guitares)
Antonio IEVA (basse)
Dieter BERNERT (batterie)


Equipe technique :

Sebastian « Seeb » LEVERMANN (production)
Gyula HAVANCSÁK (artwork)
Alex KUEHR (photographie)


Studios :

Enregistré, mixé et masterisé au sein des studios Greenman (Allemagne)


Tracklist :

1) Devil’s Eye
2) Revealing The Darkness
3) Ravenous Minds
4) The Pyre
5) Jeanne Boulet (1764)
6) Divine Inner Ghost
7) When Pain Becomes Real
8) Four Blessings
9) Haunting Voices
10) The Path

Durée totale : 52 minutes environs


Discographie non-exhaustive :

Hungry (1997)
Unholy (1998)
Ambiguity (2000)
Metus Mortis (2001)
Soul Temptation (2003)
Live Suffering – The Official Bootleg [Live] (2004)
Liquid Monster (2005)
Downburst (2008)
Memorial Roots (2009)
Just High No Lows (12 Years Of Persistence) [Compilation] (2009)
On The Spur Of The Moment (2011)
Firesoul (2014)
Scary Creatures (2016)
Midnight Ghost (2018)


Date de sortie :

Vendredi 28 septembre 2018



The Pyre (Official Audio) : cliquez ici

Ravenous Minds (Vidéo officielle) : cliquez ici

COMMENTAIRES DES LECTEURS Vos commentaires, vos remarques, vos impressions sur la chronique et sur l'album
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rebel51 Le mardi 13 novembre 2018

Ville : Barran
J'ai pu extraire de ce roman quelques échappées musicales qui définissent bien cet album : une bonne paire de claques effectivement, un gros son et des Allemands toujours bien présents, pour moi les maîtres de ce heavy germanique de haut niveau, un must dans le genre !!!
Laudrome26 Le vendredi 9 novembre 2018

Ville : Romans sur Isére
Bravo Jan, superbe chronique, inventive, inspirée, recherchée, originale, plein d'humour. Je suis impressionné par tant d'imagination.
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