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10/02/2019
Seer
BIRDSTONE
 
BIRDSTONE est un trio français qui a déjà commis un EP cinq titres auto-produit, The Cage, en 2016 (enregistré dans les conditions du live, il est toujours disponible en format numérique ici : cliquez ici). Se prenant une fois de plus en charge, Edwige THIRION (basse et chœurs), Basile CHEVALIER COUDRAIN (guitare et chant) et Léo GAUFRETEAU (batterie et chœurs) livrent un premier album extrêmement maîtrisé dans la forme et passionné dans l'interprétation. Saluons en premier lieu le visuel puissant et raffiné, créé par le studio Vaderetro. A mi-chemin de la gravure du XIXème siècle, du style délié et végétal stylisé d'Alfons MUCHA et de la bande dessinée ciselée et détaillée à la Jean GIRAUD ou à la Andreas (pour votre culture personnelle : cliquez ici), cette illustration tout autant réaliste que symboliste, géométriquement impeccable et pourtant dynamique, annonce à merveille l'univers contrasté développé par BIRDSTONE.

Dans la case à gauche de l'illustration, un serpent s'enroule autour d'un arbuste desséché ; dans le cartouche horizontal en bas à gauche, une habitation austère fait face à un paysage minéral et accidenté. Pas étonnant que BIRDSTONE plonge avidement ses racines dans le Blues Rock, non pas dans son versant humide et moite du Mississippi ou tout aussi humide mais nettement plus frais des Grands Lacs. Non, il s'agit plutôt du Blues Rock rêche qui s'enracine dans les étendues semi-désertiques du sud des États-Unis, comprenez le Texas, le Nouveau Mexique, l'Arizona, l'Utah et la partie la plus éloignée de l'océan de la Californie. Le genre d'environnement à la fois aride, impitoyable, inspirant, incitant à s'élever pour dépasser une nature hors normes. Et de fait, le Blues Rock déployé par BIRDSTONE propose des riffs rêches et minéraux, des solos épineux comme des cactus, des guitares plus mélodieuses dont les échos semblent rebondir entre les parois d'un canyon millénaire, une basse épaisse qui semble résonner du haut d'une mesa et une batterie intense et frissonnante comme le son d'une queue de crotale. Avec une alternance de plages plutôt calmes (ou plus justement parcourues par une tension sous-jacente) et d'éruptions massives et rugueuses.

La partie de l'illustration qui attire le plus le regard est bien entendu celle qui occupe les deux-tiers à droite : un homme barbu dans la force l'âge brandit un livre, dominé par une pleine lune gigantesque, sur fond d'un ciel nocturne dont le dégradé chromatique va d'un rouge profond et un noir charbonneux. Le mystérieux personnage au geste si impérieux domine un fatras végétal qui semble animé par un souffle (ainsi qu'un crâne, un coffre et un vase de verre sphérique). Histoire de ne pas faire mentir ce décorum mystique, BIRDSTONE propose en ouverture d'album le titre éponyme, bref et intégralement vocal, intensément porté par des chœurs quasi gospel : envoûtant... Par la suite, les compositions souvent longues (quatre d'entre elles s'installent entre sept et plus de neuf minutes) se verront lardées de séquences et d'arrangements aux senteurs psychédéliques, propres à créer des postures flottantes et hypnotiques, tremplin à une transcendance païenne (le peyotl fut-il appelé en renfort ?).

Dans un tel décor d'ascenseur émotionnel, le seul choix esthétique qui me paraît pouvoir être questionné est le filtre qui couvre le chant, certes sans excès mais avec une permanence qui a tendance à ne pas assez rendre justice aux variations dans les intonations. Rien de rédhibitoire mais il me semble que plus de naturel dans ce domaine (plus de confiance?) renforcerait encore davantage la charge expressive du Blues Rock explosif de BIRDSTONE. Lequel se trouve finalement en capacité de charmer tout à la fois les nostalgiques des DOORS, de CACTUS et Johnny WINTER (dans les moments les plus intenses, relevant du Boogie incandescent), de Stevie Ray VAUGHAN (écoutez la guitare si délicatement bluesy au début d'Alquézar pour comprendre), les fans de MASTERS OF REALITY et de Stoner Rock suffisamment ouverts d'esprit.

Un premier album tout simplement splendide. N'hésitez pas à faire comme moi, c'est-à-dire à l'acheter (cliquez ici).

Vidéo d'Alquézar : cliquez ici
Alain
Date de publication : dimanche 10 février 2019