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07/05/2019
Destiny calls
CHEVALIER
 
Nous avions partagé avec vous l'opinion positive que nous avions du premier EP six titres des Finlandais de CHEVALIER (relire : cliquez ici), jeune formation qui parvenait à développer de manière on ne peut plus crédible un mimétisme frappant avec le Heavy Metal underground des années 80 (BROCAS HELM, CIRITH UNGOL, OMEN, MERCYFUL FATE, MANILLA ROAD, SAVAGE GRACE...), avec une appétence inattendue pour son versant français (ADX en tête), comme en témoigne le patronyme retenu. Outre un split avec LEGIONNAIRE (le club des francophiles en somme), le groupe a commis un second EP trois titres début 2018, le premier album arrivant enfin en 2019.

D'emblée, on peut affirmer que CHEVALIER n'a en rien renoncé à son projet initial qui semble consister à reproduire les plans et le son de ce Heavy Metal des années 80 et à en prolonger l'héritage de manière fidèle, pour ne pas dire maniaque. Le premier indice ne manquera pas de sauter aux oreilles des fans de Metal moderne : le son ! Là où les jeunes générations sont dorénavant habituées à des sons massifs, surpuissants, cliniques, CHEVALIER fait le choix – certes contestable – de reproduire le son sec et relativement brouillon, typique de la période de référence. L'avantage est un rendu vibrant, abrupt, proche d'une prestation scénique ; l'inconvénient, ou plutôt l'incongruité, est que ce type de son se trouvait généralement pointé du doigt par les groupes des années 80 qui déploraient le manque de précision et le déficit de puissance. En conséquence de quoi, le son de CHEVALIER permet de mettre en exergue, outre une énergie contagieuse, les lignes de basse nerveuses (saint Steve HARRIS, priez pour eux!), les mélodies acides des guitares, les solos de guitares (mélodiques et construits), les parties les plus mélodiques et, sur le plan rythmique, les toms (outrageusement privilégiés par moments).

Sans surprise, le style des compositions combine une approche directe et une multiplication des séquences au gré de compositions parfois longues. En somme, les musiciens de CHEVALIER n'exposent pas de manière démonstrative leurs capacités techniques mais se montrent tout à fait capables de maîtriser des changements de rythmes et de tempos qui maintiennent un niveau d'intensité et une diversité dans les ambiances. En cela, CHEVALIER se distingue de la horde de jeunes groupes qui se targuent de ne retenir du Metal de la décennie 80 que l'aspect direct et sans détours. Efficace, nerveux et direct, le chant féminin d'Emma GRÖNQVIST ne change pas grand chose à la donne, les vocalistes des années 80 s'évertuant à opter pour les registres les plus hauts perchés.

L'option revivaliste formellement et stylistiquement validée, reste à évaluer la crédibilité des compositions. Premier constat, CHEVALIER a fait le choix conscients de privilégier des plages dédiées aux ambiances mystérieuses et épiques : une introduction, une conclusion, deux instrumentaux, impossible de cataloguer Destiny Calls dans les albums rétro et basiques. D'autant plus que CHEVALIER consacre des moments appréciables aux ambiances d'une nature identique au sein même de titres, aux longueurs parfois conséquentes (quatre compositions s'étalent entre six et huit minutes). Au final, je me trouve happé par cette trame de motifs rythmiques sévères et d'émotions épiques, certes passéistes, les deux aspects étant toujours animés par une passion irréductible.

L'appréciation de Destiny Calls dépend évidemment de parti pris ou du vécu. En ce qui me concerne, je ne peux masquer le fait que, toute nostalgie mise à part, CHEVALIER maintient en vigueur un type de Heavy Metal qui me plaît tout particulièrement : vivace, percutant, mais aussi épique et brumeux par moments. Reste à savoir comment le groupe saura développer son style sans se répéter : l'avenir le dira. En attendant, profitons !

Vidéo de Road Of Light : cliquez ici
Alain
Date de publication : mardi 7 mai 2019