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Invention du punky-doom théâtral
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ARSIS THESIS, le duo des frères BLEVINS nous vient de Houston au Texas. Pangea, leur premier EP sorti en 2019 était passé sous mon radar. C’est donc sans m’attendre à quoi que ce soit que je me suis pris une grosse claque avec ce Ustanak, malgré la forme minimaliste du groupe. Il y a juste une batterie et une guitare branchée sur deux têtes d’ampli, l’une pour basse et l’autre pour guitare avec, entre les deux, une pédale pour switcher d’une configuration à l’autre. Plus j’écoute et plus je suis étonné par la scène sonore de cet album.
Ce n’est pas un mystère, j’adore le doom et le heavy rock et les frangins m’en servent une sacrée dose, d’une manière plus qu’inattendue. Face à un monde en train de crever, ils expriment le doom sans fatalisme dépressif, ni lamentations mais en surimprimant à la lourdeur des morceaux, une rage libératrice. Le cocktail final très créatif combine de manière brute mais extrêmement bien construite la révolte et la puissance écrasante. J’ai l’impression d’entendre du doom craché à la face d’Elon Musk par un groupe punk des 70s. Il n’est probablement pas anecdotique, pour comprendre ARSIS THESIS, de lire le message que Nick a peint en façade de ses quatre amplis empilés : « THIS MACHINE KILLS FASCISTS ». Il convient aussi de savoir que le terme Ustanak ne renvoie pas au personnage homonyme de Resident Evil, mais à la traduction du croate : rébellion, soulèvement.
Après une intro déjantée, Heretical Violence démarre en mode doom et bascule à mi-parcours vers un chapitre punk-hardcore. Sans transition, Capricorn arrive, bien vénère dès la première mesure et, sur ses 5’31, le titre va nous réserver de belles surprises. Prendre l’auditeur à revers paraît être une spécialité de la maison. Toutefois, je n’étais pas prêt pour les presque 10 minutes de Derision qui rebondit sans crier gare entre passages lourds, avalanches rythmiques et phases d’une incroyable mélodie sur lesquelles se greffent des chœurs particulièrement hargneux. Déconcertant mais génial ! La quatrième plage, Firebird, dépasse elle aussi les 9 minutes. Ça commence comme un blues nu mais je sens que l’orage électrique n’est pas loin… Gagné. La guitare est entêtante, le chant est mi-parlé, mi-éructé, la batterie est mortellement présente. Le groupe joue une vraie tragédie dans laquelle d’insupportables tensions émergent d’un cœur hypnotique. Fabuleux ! Heureusement, le début de The Sunrise We’ll Never See ramène une sorte de sérénité dans sa bulle shoegaze. Mais très vite, la bulle explose en éclats lourds et violents. Le morceau de clôture, Ustanak, arrive sur la pointe des pieds, économe en notes, parcimonieux en percussions. Evidemment cela ne dure pas et soudain, du plomb fondu me tombe dessus. Le titre est de nouveau éminemment théâtral et il s’y joue du Beckett, pas du Marivaux. Quel final ! 2019 – 2026 c’est un gros délai entre deux albums. Certes, mais vous devez savoir que dès 2020 six nouveaux titres étaient déjà ébauchés. Hélas, la vie s’en est mêlée, la pandémie, un deuil à surmonter, des galères, des injustices qui repoussent l’échéance. Nick se confie : « L'achèvement et la sortie de ces titres témoignent d'une renaissance. (…) Terminer cet album, remonter sur scène, et nouer de nouvelles amitiés a agi comme un antidote à la colère. » Nick et Jake se rendent-ils compte que leur album, tellement vivant et sincère aidera et libèrera des gens, beaucoup de gens ? Il procurera de l’énergie, fournira de l’espoir et rendra plus acceptable le quotidien. Merci à eux deux !
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● Vous avez dit arsis et thesis ?
Dans l’antiquité, lorsque le danseur levait le pied (ou le bras) c’était l’arsis, le temps faible. L’abaissement correspondait au thesis, au temps fort. Encore aujourd’hui, dans la battue de la mesure, nombreux sont les chefs d’orchestres qui attribuent l’appui rythmique au posé de la baguette (thesis) tandis que le levé de baguette (arsis) en est la préparation (ou le prolongement). Mais, il n’y a pas unanimité sur la question, sans compter que la mesure peut être battue horizontalement et là, il n’y a ni arsis ni thesis. La prochaine fois, pour bien vous embrouiller, nous verrons la différence entre ictus et anacrouse. Puis, contrôle qui comptera dans votre moyenne annuelle. Ha-ha !
● Bravo les artistes !
ARSIS THESIS est composé de : - Nick BLEVINS, guitare et chant ; - Jake BLEVINS, batterie et chant.
● Classe, la pochette !
Une vraie peinture faite main doit être signalée car c’est malheureusement de plus en plus rare. L’illustration de pochette sort de chez Nightjar Illustration. Si vous voulez en voir plus de cet atelier qui n’en est pas à sa première création – loin de là ! - n’hésitez pas à cliquer ici.
● La discographie à creuser
- 2019 : Pangea - EP ; - 2026 : Ustanak - LP ;
● Rinçons-nous les oreilles
Extraits de Ustanak : - Capricorn : Cliquez ici ! - Ustanak : Cliquez ici !
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